Moving Forward, Standing Still - Shaving Business, Wuhan, China. 2007© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Shaving Business, Wuhan, China. 2007
© Rona Chang

Interview de Rona Chang par Yuhui Liao-Fan.

 

Yuhui Liao-Fan : Qu’est ce que c’est « la photographie » pour vous ?

Rona Chang : Pour moi la photographie est le médium que j’utilise pour comprendre et interpréter ma façon de voir le monde. Il s’agit d’un commentaire ou d’une réflexion de ce que je trouve fascinant, intéressant, et/ou source d’inspiration.

Moving Forward, Standing Still - The Collector, Puno, Peru. 2009© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - The Collector, Puno, Peru. 2009
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Est-ce que vous pouvez écrire une introduction biographique ?

Rona Chang : Je suis née en 1978 à Chungli, Taiwan. C’est une ville célèbre pour ses nouilles au bœuf. Quand je rentre à Taiwan, c’est la première chose que je mange dès que je descends de l’avion. Mes parents ont divorcé et ma mère, ma sœur, et moi avons déménagé aux États Units (Buffalo, NY) en 1985 quand j’avais sept ans. Nous avons ensuite déménagé à Queens, New York, quand j’avais huit ans.

Moving Forward, Standing Still - Fireworks, Kuanyin, Taiwan. 2008© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Fireworks, Kuanyin, Taiwan. 2008
© Rona Chang

Queens est l’endroit le plus diversifié au monde et la plupart des cultures du monde sont représentées ici dans mon quartier actuel de Jackson Heights. Je n’ai pas une relation particulière avec la communauté chinoise. J’ai toujours aimé la diversité de New York et je pense que ce mélange de cultures est ce que j’aime plus. J’ai grandi avec des enfants de milieux très différents qui étaient lié uniquement par le fait que nous étions tous des enfants.
J’adore tout cela, surtout la nourriture incroyable qui est disponible ici. C’est un rêve des amoureux de nourriture par ici.

La famille de ma mère est originaire de Wuhan, en Chine. Mes grands-parents maternels ont fuis les communistes en 1949 et ont déménagé à Taiwan. Ma mère était le quatrième enfant, mais le premier de ses frères et sœurs d’être né à Taiwan. Sa sœur aînée a été laissée en Chine et elle vit toujours là-bas, à Wuhan. La famille de mon père est hakka, et ils ont vécu à Taiwan pendant environ 400 ans. J’ai des racines dans les deux endroits et la plupart de ma famille immédiate est de Taïwan. Je considère que « chez moi » se situe à Chungli et à Queens. Alors que beaucoup considèrent que je suis très américanisée, je suis profondément enracinée au même temps dans Taiwan et les États Unis.

Moving Forward, Standing Still - Oil Spill, San Francisco, CA, USA. 2007© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Oil Spill, San Francisco, CA, USA. 2007
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Quel est votre histoire de photographe ?

Rona Chang : Je me suis toujours intéressé à l’art et quand j’étais enfant on me conduisait à assister aux cours d’une école spécialisés à Manhattan appelé La Guardia HS où je me suis spécialisé dans l’art. J’ai pris un cours de photographie et je suis tombée amoureuse avec ce médium. Je poursuivi en fréquentant l’école d’art du centre-ville à la Cooper Union pour l’avancement des sciences et des arts. Chez Cooper, j’ai pris un cours de gravure et un de typographie vraiment merveilleux, mais pour la plupart du temps, je n’ai fait que m’immerger complètement dans mon amour pour la photographie. J’ai pris toutes les cours de photo que j’ai pu trouver.

Pour mon travail quotidien, je photographie des objets d’art « plats » pour la numérisation et l’archivage d’art dans les musées, les sociétés historiques et d’autres institutions culturelles. Pour près de neuf ans, j’ai travaillé au Metropolitan Museum of Art. J’ai photographié tous les estampes japonaises, les peintures Indiennes, et les rouleaux chinois de la collection.

Moving Forward, Standing Still - Choclo Vendor, Puno, Peru. 2009© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Choclo Vendor, Puno, Peru. 2009
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Yuhui Liao-Fan : Est-ce que vous pouvez dire quelque mots sur votre technique ?

Rona Chang : Quand je photographie, je fais très attention à ma composition, à la couleur, et au contenu. Je prends mes photos avec un Mamiya 7 et je les scannes avec un Imacon. Je suis assez minimaliste quand il s’agit de Photoshop. Essentiellement, je nettoyer la poussière due à la numérisation et j’ajuste la couleur pour représenter au mieux ce que je me souviens de la scène.

Moving Forward, Standing Still - Holding Their Breaths, Hierve el Agua, Mexico. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Holding Their Breaths, Hierve el Agua, Mexico. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Quelle est l’importance du voyage dans votre vie professionnelle et dans votre vie? Il y a quelque temps je discutai avec des amis qui avaient des avis divergents à propos du voyage et de la photographie. Un disait que seuls les photographes voyageurs peuvent ressentir l’essence des choses, parce qu’ils ont une approche nouvelle et impartiale aux lieux dans les quelles ils se trouvent, par rapport à la vision biaisée de la population locale. L’autre disait tout le contraire, les photographes doivent explorer leur environnement immédiat, car quand ils sont dans des lieux inconnus, ils sont incapables de les « comprendre » vraiment. Je pense que les deux approche sont valables, mais quel est votre point de vue sur cette question ?

Rona Chang : Le voyage a toujours joué un rôle important dans ma vie. Avoir grandi dans le Queens m’a permis d’être à l’aise quand on entends différents langues. L’offres de nourriture ethnique m’a rempli de curiosité sur les autres cultures. Avoir des amis, dont les familles -comme la mienne- étaient originaires de la moitié du monde était la norme. Il était naturel pour moi de voyager et d’explorer le monde d’où mes voisins sont issus.

J’ai voyagé dans beaucoup de ces endroits pour les photographier et à acquérir une compréhension de ces cultures qui me fascinent. « Moving Forward, Standing Still » a commencé par hasard pendant mon premier voyage en Chine en 2000, dans une rue de Shanghai. Même si j’ai l’intention de poursuivre le projet, je commence à me concentrer sur des endroits spécifiques. La partie du projet dédiée à Queens représente un cercle complet: voir le monde, réexaminer mon environnement familial immédiat et puis voir à nouveau le monde dans les quartiers de Queens.

Moving Forward, Standing Still - Fixing the Colosseum, Macau, China. 2008© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Fixing the Colosseum, Macau, China. 2008
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Yuhui Liao-Fan : Je pense que vous êtes particulièrement intéressée par l’espace. Pouvez-vous décrire et expliquer cette fascination ?

Rona Chang : J’ai une tendance à essayer de réorganiser les choses plusieurs fois dans un espace pour voir ce qui convient le mieux. Quand j’étais enfant, j’ai souvent réarrangées les meubles quand ma mère était au travail et pour la surprendre à son retour. La photographie conserve une grande partie de la même fascination pour moi. Je regarde tous les éléments et je me promène pour voir quelle perspective donne la meilleure composition, pour trouver un point de vue que je trouve intéressant et attendre que les personnages se mettent en position.

The Hold Over Water - Clouds Lifting, Shihmen Dam, Dasi, Taiwan. 2002© Rona Chang
The Hold Over Water - Clouds Lifting, Shihmen Dam, Dasi, Taiwan. 2002
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : En simplifiant un peu, on peut dire que les photographes de paysages en générale prennent des photos de lieux spéciaux, surtout pour leur beauté intrinsèque. Dans votre cas, vous essayez de faire un portrait de la société à travers les paysages. Pouvez-vous en dire plus sur ce point intéressant ? Comment le photographe peut utiliser un paysage pour représenter la société contemporaine ?

Rona Chang : Pendant de nombreuses années je n’ai fait que des paysages (sans personne), mais j’ai toujours essayé de créer des images intéressantes plutôt que de simples belles images. « The Hold Over Water », une série d’images qui explore mon admiration pour les sites de gestion de l’eau, sont des paysages, bien que spécifiques à un sujet qui est important pour moi. Comme je l’ai mentionné plus haut, « Moving Forward, Standing Still » a commencé par hasard. Je n’ai pas commencer à penser au projet comme une série jusqu’à ce que j’aie un certain nombre d’images que marchaient ensemble et qui se détachait de mon travail précédent.

The Hold Over Water- Fog Lifting, Laudat, Dominica. 2003© Rona Chang
The Hold Over Water- Fog Lifting, Laudat, Dominica. 2003
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J’ai commencé à explorer le concept de photographier la société par le biais des gens dans le paysage. Les personnages dans le cadre racontent une histoire. Ça peut être une scène ou une histoire sur un mode de vie, une activité quotidienne, ou une interaction qui peut être locale ou universelle. Ces images m’ont permis de penser à mes connexions et similitudes avec mes sujets et -dans le même temps- comment nos vies sont intrinsèquement différentes.

Certaines de ces images peuvent sembler intemporelles ou non spécifiques à un certain lieu, mais racontent chacune une histoire intéressante. Par exemple, la photo « le cordonnier », a été prise en Emhurst, Queens. Sa mise en place, en face de la bibliothèque publique, est la même que j’ai vu dans de nombreuses régions du monde. On pourrait seulement imaginer que cette photo a été prise aux États-Unis parce que son insigne est en anglais et en chinois. C’est une figure dans le paysage culturel du Queens, un endroit qui est décidément à la fois locale et mondiale.

Moving Forward, Standing Still - The Cobbler, Elmhurst, NY, USA. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - The Cobbler, Elmhurst, NY, USA. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Plusieurs de vos photos montrent des personnes dans des situations vaguement étranges. Pensez-vous que vos images ont une approche narrative ou vous êtes à la recherche de quelque chose de différent?

Rona Chang : Je ne pense pas nécessairement que mes images aient une approche narrative. Je pense à elles comme à un moyen de partage de révélations culturelles. Je vois une scène, des acteurs qui font une représentation, mais pas toujours les mouvements de toute une histoire. Il y a en elle quelque chose que vous et moi sommes peut être en mesure d’identifier et d’autres parties que nous ne pouvons pas, et cette dynamique représente ce qui maintient haut mon intéres dans la recherche de ces compositions.

Moving Forward, Standing Still - River Bathing, Lensvik, Norway. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - River Bathing, Lensvik, Norway. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Est-ce que d’après vous il est fondamentale de vivre dans une très grande ville ou -par exemple grâce à internet- la ville dans la quelle on habite n’est plus un choix obligé ?

Rona Chang : Bien que j’aime beaucoup New York, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de vivre ici ou toute autre grande ville pour faire du bon art. C’est un sujet qui revient toujours entre mon ami Alejandro Cartagena et moi. Il a fait un beau projet, Suburbia Mexicana, fondée sur son environnement dans le nord du Mexique. Alejandro n’est pas limitée par son environnement, mais l’utilise plutôt comme son inspiration, ou l’incitation à faire un travail utile.

Moving Forward, Standing Still - Play, Lensvik, Norway. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Play, Lensvik, Norway. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Est-ce que vous pensez que c’est important d’avoir un site internet ? Est-ce que il est fondamental qu’il soit traduit en diverses langues ? Comment internet contribue à la diffusion de la photographie contemporaine chinoise ?

Rona Chang : Les sites Web sont une merveilleuse façon de partager son travail. Il ne sont pas indispensable mais représentent une bonne façon de se présenter au public. Pour moi, c’est un outil d’édition et une bonne façon de garder les choses à jour. Je pense que les sites Web devraient être en anglais ou bilingue si possible. Internet est une excellente manière de rendre les choses plus accessibles à un public plus large, mais il reste encore très important d’aller voir une exposition en personne. L’exposition récente « Stieglitz, Steichen et Strand » au Met en est un bel exemple.

Moving Forward, Standing Still - Eid Candy, Jackson Heights, NY, USA. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Eid Candy, Jackson Heights, NY, USA. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Est-ce que vous avez un vœu ou un rêve photographique ?

Rona Chang : Mes ambitions photographiques concernent principalement de travailler sur un projet dans le quel je crois, en penser la réalisation, et le présenter. D’autre part, ma liste de souhaits concernant les voyages ne cesse de croître.

Moving Forward, Standing Still - Shoveling Snow, Elmhurst, NY, USA. 2010© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Shoveling Snow, Elmhurst, NY, USA. 2010
© Rona Chang

Yuhui Liao-Fan : Êtes-vous familière avec la photographie contemporaine chinoise ?

Rona Chang : Je sais très peu de choses sur la photographie et l’art chinois contemporain. Une grande partie de ce que j’ai vu semble très romantique, même si il ne s’agit pas d’un commentaire absolue. Un photographe chinois qui j’admire profondément est Sze Tsung Leong. Il est né au Mexique, il est britanniques et américains donc il a lui aussi un intéressant passé multiculturel.

 

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Moving Forward, Standing Still - Mian (noodles), Flushing, NY, USA. 2011© Rona Chang
Moving Forward, Standing Still - Mian (noodles), Flushing, NY, USA. 2011
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